Madame, Monsieur,
Titulaire d’un bachelier en ingénierie industriel mécanique à l’Ecam Bruxelles, j’ai choisi de ne pas poursuivre en master, ressentant le besoin de prendre du recul sur une formation qui, selon moi, n’interrogeait pas suffisamment la finalité de l’ingénierie face aux enjeux écologiques et sociaux actuels. Je poursuis aujourd’hui un parcours en philosophie, tout en cherchant comment contribuer concrètement à la construction d’un monde plus viable.
Je suis convaincu que nous avons besoin d’une autre manière de former les ingénieurs : une ingénierie qui ne se limite pas à optimiser la production, mais qui questionne aussi nos besoins essentiels, notre dépendance industrielle et la place de la technique dans la société. Une ingénierie capable de prendre ses distances avec une technoscience soumise aux impératifs du profit, parfois au détriment des finalités humaines, sociales et écologiques qu’elle devrait servir.
C’est dans cette perspective que je souhaite initier une démarche collective autour de la création d’une formation universitaire longue en ingénierie low-tech, par exemple sous la forme d’un master ou d’un cursus d’un à deux ans, au sein d’un établissement d’enseignement supérieur comme une université. Des initiatives existent déjà, notamment les Low-tech Labs, L’Atelier Paysan et des cours ou projets consacrés aux low-tech qui émergent dans certaines écoles et universités. L’ambition serait de s’appuyer sur ces expériences pour imaginer une formation plus complète, interdisciplinaire et ancrée dans la pratique, permettant de repenser en profondeur la manière de concevoir, de transmettre et de mettre les techniques au service de la société.
J’imagine une formation offrant une compréhension large des techniques, à la fois dans leurs fondements scientifiques et dans leurs dimensions écologiques, sociales, économiques et politiques. Elle permettrait aux futurs ingénieurs de développer une vision d’ensemble du monde dans lequel s’inscrivent leurs pratiques. Cette approche pourrait associer des enseignements théoriques à des laboratoires de construction low-tech et d’expérimentation scientifique et technique, notamment autour des énergies renouvelables, de la production et du stockage de l’électricité et de la conception de systèmes énergétiques sobres. Des projets concrets menés sur le terrain pourraient compléter ces enseignements, aux côtés de cours portant, par exemple, sur l’agriculture régénérative et l’hydrologie régénérative, la construction légère, les matériaux, la gestion des ressources et l’économie circulaire. Cette approche impliquerait également des enseignements de philosophie dans divers domaines dont celui des sciences, de l’environnement et du vivant, etc. Ces thèmes ne sont que quelques pistes parmi de nombreuses autres : le contenu de la formation et les méthodes pédagogiques resteraient à définir collectivement, en fonction des compétences et des expériences de chacun.
L’objectif serait de former des ingénieurs capables de concevoir des outils et des systèmes utiles, sobres, réparables et appropriables par celles et ceux qui les utilisent. L’ingénierie low-tech consiste à faire mieux avec moins, en développant des techniques accessibles, adaptées aux besoins réels et favorisant l’autonomie des personnes et des territoires. Elle accorde une place centrale à l’expérimentation, aux savoir-faire pratiques et à la possibilité, pour les utilisateurs eux-mêmes, de concevoir, comprendre, entretenir et faire évoluer leurs outils en fonction de leurs besoins. Il s’agirait ainsi de privilégier des démarches de conception qui ne reposent pas exclusivement sur une expertise spécialisée, mais qui permettent aux connaissances scientifiques de dialoguer avec les savoirs empiriques, l’observation et l’expérience du terrain. Les sciences ne seraient donc pas écartées, mais mises au service de techniques que chacun puisse, autant que possible, comprendre, s’approprier et adapter. L’ingénieur s’inscrirait dans une logique non pas de performance à tout prix, mais de robustesse et de pérennité programmée pensée dès la conception.
À terme, j’aimerais que cette démarche permette de lancer une première formation dans un établissement universitaire où des enseignants-chercheurs seraient prêts à s’investir et estimeraient le projet réalisable, avec l’ambition d’engager une première étape concrète dès la rentrée 2027-2028. Cette première expérience pourrait ensuite inspirer d’autres établissements et favoriser l’émergence de formations similaires dans plusieurs universités, contribuant ainsi à une transformation plus profonde de l’enseignement de l’ingénierie face aux enjeux de notre temps.
Je suis conscient qu’un tel projet nécessite de nombreuses compétences et une véritable réflexion collective. Je ne suis moi-même qu’un étudiant et je ne pourrais pas mener seul une initiative d’une telle ampleur. Je souhaite avant tout contribuer à créer un espace de rencontre entre des personnes qui partagent ces préoccupations et qui pourraient, ensemble, donner corps à ce projet. Je cherche donc à rassembler des enseignants-chercheurs, des ingénieurs et des personnes déjà engagées dans la low-tech afin de mettre en commun leurs expériences, de confronter leurs visions et d’étudier ensemble la faisabilité d’une telle formation dans un établissement scolaire qui existe déjà. Un établissement universitaire qui serait prêt à passer à une étape supérieure concernant la formation de la Low tech.
Dans un monde où l’énergie et les ressources matérielles sont limitées, et où les tensions économiques et géopolitiques risquent d’accentuer les dépendances et la fragilité de nos systèmes industriels, il s’agirait de relocaliser autant que possible les techniques et de renforcer l’autonomie des personnes et des territoires. Miser dès aujourd’hui sur l’émergence de ce type de formation dans un avenir proche me semble très loin d’être utopique : une telle formation est appelée à devenir une nécessité face aux enjeux présents.
Je sais que vous êtes nombreux à vous investir dans la low-tech et que vous êtes déjà pris par de nombreux projets. Malgré cela, je garde espoir en tant qu’étudiant, car je ressens un grand besoin de pouvoir répondre aux attentes de tous ces étudiants qui, après trois premières années d’études d’ingénieur (cycle bachelier) leur ayant permis de développer une certaine compréhension des enjeux, pourraient s’orienter directement vers un master low-tech qui les spécialiserait dans ce domaine. L’idée serait de proposer une première formation concrète autour d’une ingénierie alternative à la techno-ingénierie qui est partout aujourd’hui, et qui pourrait faire bifurquer les étudiants vers une nouvelle façon de faire de la technique, dans une formation d’un ou deux ans.
Je recherche donc de l’aide pour lancer cette initiative dans un établissement, avec des professeurs prêts à faire le pas. Si certains d’entre vous ont des conseils, des contacts ou souhaitent m’aider à faire avancer cette démarche, vos retours me seraient très précieux !
Je vous remercie pour votre attention et serais heureux de pouvoir échanger avec vous.
Bien cordialement,
Hugo Bury